Pourquoi je compte me détacher progressivement de Facebook, Instagram & autres

Je n’avais pourtant jamais envisagé en arriver là un jour, mais je suis aujourd’hui tentée par l’abandon de ces plateformes. Je ne fais pas partie des gens qui ont un regard critique sur le concept de médias sociaux, car pour moi ce fut une magnifique opportunité de saisir une parole habituellement confisquée aux sans-voix, aux « sans-dents », comme dirait l’autre. J’ai toujours pensé que les aspects néfastes de la présence en ligne comme le cyberharcèlement relevaient de la responsabilité individuelle et collective et j’avoue que je n’ai [naïvement peut-être] jamais imaginé qu’il existait d’autres points négatifs, intrinsèques au fonctionnement de ces plateformes.

Le destin ne laissant rien au hasard, j’ai eu l’occasion de m’en apercevoir quand j’ai choisi de professionnaliser mon activité de création de contenu en ligne. Et j’ai réalisé amèrement que ce que j’ai construit en 7 ans de présence en ligne pouvait se casser la gueule en un clin d’œil.

Parce que ce qui était valable en 2016, année d’obtention de mon fameux MBA en marketing digital, ne l’est plus vraiment aujourd’hui, en 2020, dans une société post COVID-19, où les confinements s’alternent avec la vraie vie, et où la demande de lien social et solidaire n’a jamais été aussi forte.

A l’époque on préconisait une stratégie « multicanal », où il fallait investir une nouvelle plateforme dès que l’on en maitrisait une, et où il fallait être le plus présent possible pour se développer et se diversifier.  C’était une stratégie pertinente dans le sens où on était encore peu d’utilisateurs et d’influenceurs sur le marché.

Mais aujourd’hui nos fils d’actualité sont saturés. La compétition est féroce. Et je suis bien obligée d’admettre qu’il est difficile de se faire une place lorsqu’on cherche à proposer du contenu constructif et/ou pédagogue alors qu’on est noyé par un flot de bullshit, de complotisme, de toxicité, de creux, et de futile.

Puis quand on comprend le fonctionnement des algorithmes, on réalise que la durée de vie d’une publication organique varie de quelques heures à quelques semaines, soit guère plus qu’un banal papillon. Et la visibilité de notre contenu est soumise aux caprices d’un algorithme changeant au gré des lubies des propriétaires de ces plateformes. Car il faut retenir une chose : ce que nous y publions ne nous appartient pas ! Pire, ce que nous publions ne reste pas visible longtemps ; cela reste dans la fosse commune des serveurs et des intelligences artificielles pour alimenter le commerce des données et maintenir la rentabilité du modèle économique qui tire ses revenus principalement de l’achat de publicités ciblées par des annonceurs.

En gros, pour être dans les bonnes grâces des algorithmes, être utile et répondre à un besoin ne suffit pas ; il faut être plus beau, plus sexy, plus glam ou alors plus trash, plus drôle, parfois plus stupide que les autres utilisateurs pour « mériter » d’être calculé.

Franchement, je n’ai pas envie de cracher dans la soupe, car c’est grâce à ces outils que j’ai pu créer des liens toujours d’actualité, que j’ai pu m’exprimer quand ça me chante, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, que j’ai pu faire des rencontres aussi exceptionnelles qu’inoubliables et vivre des expériences aussi incroyables qu’inespérées.

Mais, zut…Nos états d’âme, nos réflexions, nos actions méritent mieux que de finir étalés vulgairement entre de mauvaises blagues et des théories complotistes !

Et le revers de la médaille, c’est la dégradation de la santé mentale. Car ces plateformes créent des besoins, des attentes de validation et de reconnaissance que nous n’avions pas. Je me suis maintes fois sentie isolée et snobée avant de réaliser que c’était cette machine à broyer les egos qui était aussi responsable de cet état. Car elle nous retire tout du jour au lendemain, dès que ça lui chante. La descente du shot de dopamine finit par se transformer en « very bad trip ».  On finit littéralement par parler à un mur, dans le vide, sans aucune audience. Je ne m’en suis pas rendue compte tout de suite.

Mais j’ai eu un déclic quand j’ai vu une influenceuse Instagram de plus de 100 000 abonnés annoncer en story que son trafic avait diminué de moitié car elle refusait d’utiliser les nouvelles fonctionnalités de l’application. Non seulement la régularité, la constance et l’authenticité ne payaient plus même sur le long terme, mais en plus ce cercle vicieux était cyniquement entretenu par la plateforme.

La chance de ma vie, c’est d’avoir eu le réflexe de produire du contenu ailleurs que sur ces réseaux, et d’avoir eu l’occasion d’acheter un nom de domaine. Je remercie le ciel chaque jour que Dieu fait d’avoir eu cette opportunité et de réaliser la valeur précieuse de la production de contenus intellectuels et/ou pédagogiques.

Je suis également reconnaissante d’avoir eu la force de réactualiser mes connaissances en partant de presque zéro dans mon domaine de compétences. Et je sais désormais que rien ne vaut une bonne vieille liste mail, des conversations banales et quotidiennes téléphoniques ou non, le bon vieux bouche-à-oreille, bref les méthodes artisanales et basiques, pour construire du lien de confiance et concrétiser ses projets. Ce truc, il n’y a que les pros du webmarketing qui vous le disent, on ne l’apprend pas en école de commerce.

Alors voilà, en lâchant prise sur la publication de contenus sur ces plateformes, je ne souhaite pas abandonner ma communauté, mais au contraire renforcer le lien avec elle. En ouvrant un canal de diffusion sur Télégram (en plus de la newsletter), où 100% de mon contenu est publié, car pas d’algo à faire chauffer, pas de likes ou d’approbation sociale à chercher, pas besoin de créer des polémiques malsaines ou de tomber dans l’obscène pour exister et donc plus de moments d’échanges et de partages dans la bienveillance.

Et si pour renforcer sa présence, sa visibilité et sa réputation en ligne, il fallait adopter une stratégie de diffusion minimaliste (site web, newsletter, messagerie privée)  au lieu de faire chauffer les algorithmes des réseaux sociaux ? C’est une vraie question que je me pose en voyant que mes sources d’inspiration préférées et les personnes qui savent recharger les autres en énergie fuient les médias sociaux, ou du moins en ont le projet.

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Anaïs dit :

    Cela me parle tout ça. Moi je suis musicienne et pour faire connaître la musique de mon groupe, je m’efforce de publier sur les réseaux sociaux, certaines fois j’aime le faire, surtout lorsqu’il est question de publier des éléments qui font appel à la créativité, mais souvent il faut publier pour publier afin de montrer que l’on est toujours bien présent, si on ne publie pas, les gens risquent de penser qu’on n’existe plus etc. Il est donc facile d’avoir des sentiments négatifs vis-à-vis des réseaux sociaux, de se sentir esclaves de tout ça, au détriment parfois de notre activité principale…

    1. Oui, c’est pour ça qu’il est utile de savoir faire usage des réseaux sociaux quand ça nous aide, mais s’en détacher également ! Merci pour ton retour en tout cas 🙂

  2. La Nébuleuse dit :

    Je viens de relire ton article et je te rejoins de plus en plus. En plus de ça, chaque plateforme (et Instagram en particulier) tente de garder les utilisateur·trices le plus possible sans qu’elles parlent… résultat, les interactions et commentaires sur les blogs (pourtant plus pertinents pour du contenu durable et constructif) s’est complètement cassé la figure. Avant le réseau social était au service du blog, maintenant c’est l’inverse, les blogs sont la vitrine du réseau, on les garde pour sauvegarder et pouvoir envoyer un lien mais c’est tout. Et je te rejoins aussi sur l’aspect saturation : résultat, je suis en train de me construire mon petit annuaire de blogs et sites dans un agrégateur RSS et je pense m’en servir beaucoup plus dans les prochains mois ! (J’utilise Quite RSS qui est un gestionnaire libre de flux RSS)

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