Pourquoi les partis de droite sont-ils aussi puissants ?

Déjà il y a du budget. On ne parle pas de 10€ dans une cagnotte solidaire mais de levées de fonds jusqu’à plusieurs dizaines de millions d’euros avec un panier moyen de 5-10 k€/donateur.

Résultat ? Il y a des personnes payées à plein temps pour mobiliser votes & adhésions.

(Bon en vrai c’est pas grave si t’as pas d’argent, tu peux toujours y mettre de l’énergie).

Plus le fait que les priorités de leur agenda répondent à des besoins plus urgents, concrets et surtout PRÉCIS des électeurs (emplois, croissance économique, pouvoir d’achat, simplification des démarches administratives ) que celles mises en avant à gauche (écologie, égalité des droits, acquis sociaux, éthique).

Nous avons de beaux principes et un joli projet de société, mais cela ne reste qu’un vœu pieu si ce n’est pas traduit par des mesures concrètes.

Eux ils vont voir les gens directement sur le terrain pour leur demander ce dont ils ont besoin.

Nous, on en est encore à faire des congrès, des manifs, des marches, des fêtes populaires folkloriques et des débats interminables, parfois sectaires, qui ressemblent de plus en plus à de la masturbation intellectuelle. 🤦🏽‍♀️

Lorsqu’on a pour ambition le respect de la dignité de tous, on ne peut pas se permettre de faire l’économie d’un minimum d’investissement & d’empathie, non?

En plus de tout ça, ils ont intégré cette hiérarchie du pouvoir :

  1. Le pouvoir de l’argent, de la propriété et de l’investissement
  2. Le pouvoir de l’image, la communication, les médias
  3. Le pouvoir exécutif & décisionnaire, la prise de responsabilités
  4. Le pouvoir législatif, intrinsèquement lié à l’exécutif dans une république présidentielle
  5. Le pouvoir judiciaire totalement dépendant du législatif.
  1. La priorité est mise sur l’argent, la multiplication de sources de revenus, l’investissement, quitte à partir de zéro et à prendre des risques. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas que des bourgeois qui soient de droite. Mais la valeur d’abondance financière est commune au sein de leurs rangs (alors que parmi les nôtres il y a un rapport vraiment malsain avec l’argent).
  2. Tout est bon pour améliorer l’image : storytelling bien ficelé, tenue vestimentaire et apparence soignées, promotion des titres, arguments d’autorité, investissement des espaces médiatiques. Les éléments de langage que l’on voit chez eux sont travaillés et répétés maintes fois. Ils n’attendent pas que les médias s’intéressent à eux, ils vont les chercher. Ils ont compris que le pouvoir de l’image était plus fort que tout car l’image impacte rapidement et à grande échelle, en plus d’être virale. Et surtout ils ont compris que la première impression est la dernière, et que malgré toute notre bonne volonté d’aller au-delà du superficiel, nous fonctionnons tous de la même manière et qu’il faut composer avec plutôt que de fantasmer une réalité parallèle qui n’existe pas. 🤷🏽‍♀️
  3. Pour prendre le pouvoir, encore faut t-il accepter de le prendre, avec les responsabilités qui l’accompagnent. Ceci demande de se débarrasser de son syndrome de l’imposteur et de lâcher prise sur le regard des autres. Donc accepter et assumer de ne pas plaire, et arrêter de demander la validation du peuple pour prendre des décisions pas toujours populaires mais avec lesquelles on est alignés.
  4. La loi dépend de l’exécutif car en France la 5ème république fonctionne ainsi. Elle favorisera donc toujours le pouvoir qui est en place avant de protéger les citoyens pour qui elle est votée (et ouais on ne vote pas pour nos lois, ce sont les parlementaires liés à l’exécutif qui décident pour nous, c’est pour ça qu’elle n’est pas toujours faite pour nos intérêts).
  5. Le pouvoir judiciaire, c’est vraiment le dernier recours. D’ailleurs le service public de la justice est clairement inaccessible aux plus vulnérables même s’il y a quand même des lois protectrices en France. Ces lois sont rarement appliquées parce qu’avoir les moyens de se défendre est clairement un luxe. Et surtout, même si un procès victorieux permet d’avancer pour le symbole et de donner foi aux luttes, ce n’est pas en s’épuisant à courir après chaque injustice qu’on réussira à changer la donne, tant c’est coûteux en temps, énergie et argent.

Moralité ? Pas de pouvoir collectif possible si on a ni indépendance financière, ni maîtrise de sa com (avec des médias alternatifs puissants par exemple), ni leadership qui permettrait la prise de responsabilité.
Ça ne sert donc à rien de déplorer les injustices une par une, de courir après chaque polémique en réagissant de manière émotive et épidermique, d’estimer qu’une responsabilisation individuelle puis collective serait «oppressive» (qu’est-ce qu’il faut pas lire des fois…)🤷🏽‍♀️🤦🏽‍♀️

En espérant qu’on fasse bon usage de ce contenu 🙏

4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. La Nébuleuse dit :

    Je suis en partie d’accord avec les points que tu soulignes, mais je crois qu’il faut pas être trop dures avec nous mêmes non plus, on est dans une société capitaliste, les capitalistes ont le pouvoir donc c’est logique que les partis qui défendent le système en place soient les plus puissants et que tout soit fait pour que les autres ne décollent pas dans le champ électoral. Je pense qu’on risque d’être déçue si on se dit que la solution c’est de mieux communiquer, de cibler des besoins précis, bref d’être meilleur sur le plan communication et marketing car le problème est plus profond que ça (par contre je suis d’accord sur l’échec total des partis de gauche électoralistes sur le fait de maintenir un engagement de terrain d’être au contact des gens etc – mais je crois que c’est faux de penser que les partis de droite le font davantage !! Ils réapparaissent en période d’élection mais c’est à peu près tout).

    « Plus le fait que les priorités de leur agenda répondent à des besoins plus urgents, concrets et surtout PRÉCIS des électeurs (emplois, croissance économique, pouvoir d’achat, simplification des démarches administratives ) que celles mises en avant à gauche (écologie, égalité des droits, acquis sociaux, éthique). »
    Là aussi, pas entièrement d’accord, il y a des propositions sur l’emploi le pouvoir d’achat et des choses très concrètes proposées à gauche. L’augmentation de certaines aides sociales par exemple c’est extrêmement concret et net, c’est ce qu’il y aura dans les caisses à la fin du mois. Et la croissance économique c’est au contraire pas forcément très concret pour tout le monde…

    Après étant donné qu’il n’y a plus beaucoup de partis réellement de gauche dans le jeu électoral, ça joue aussi sur le constat général, actuellement la majeure partie des propositions politiques dans le champ électoral, ce sont des propositions libérales. Et là dessus ouais effectivement la « gauche » libérale cherche à se distinguer là où elle peut, sur les « questions de société » et pas sur des propositions économiques et sur les conditions de vie clairement. On sera d’accord sur le fait qu’il y a du boulot pour construire autre chose en termes de propositions politiques et de mobilisations :s

    1. Justement, je pense qu’on gagnerait à ne pas aller frontalement contre le système en place sans alternative crédible. Le problème de proposer des revenus universels et l’augmentation des aides sociales (mesures que je soutiens à titre personnel), c’est que si on explique pas comment on les finance personne n’y croira, et personne ne votera pour. Plus le fait qu’il y a ce stéréotype raciste sur les bénéficiaires des aides sociales qui seraient issus de l’immigration contre lequel on n’a toujours pas gagné. Ce qu’on propose à gauche reste perçu de manière trop abstraite donc pas crédible pour la majorité des électeurs ou des inscrits sur les listes électorales.

      C’est pour ça que je suis plutôt partisane d’utiliser le système en place (et non le défendre coûte que coûte) que de lutter frontalement contre comme on le fait actuellement, parce que ça ne marche pas et on s’y épuise…

      1. La Nébuleuse dit :

        Je suis en désaccord là-dessus, je pense que si on cherche à coller au système en place, on se retrouve justement à ressembler aux partis existants mais en plus mou. Et le risque est toujours que l’original soit préféré à la copie…

        Je pense vraiment qu’il y a une adhésion idéologique aux partis en place (pour les personnes qui votent), et que c’est pas seulement une question de communication plus efficace de leur part, de meilleure stratégie etc. Ils ont même pas besoin d’être bons en réalité puisqu’on est socialisé dans une société qui est structurée par la même idéologie et le même système économique qu’ils défendent. En fait les personnes qui sont dans ces partis (qui y ont du pouvoir du moins), ce sont largement des capitalistes ou des personnes qui ont intérêt au maintien de ce système… et ce sont des personnes au profil similaire, parfois les mêmes familles qui sont à la tête de l’économie capitaliste. En gros ils ont même pas besoin d’être convaincant : ce sont eux qui font le système ! C’est là dessus qu’on gagne à mon avis à regarder les rapports de force matériels en place aussi, et pas seulement les idées et ce qui semble plus ou moins convaincant, le plus ou moins bien géré au niveau communication etc.

        Et puis quand on parle d’alternative crédible, c’est crédible selon quels critères ? Pourquoi les projets de gauche ou anticapitalistes seraient moins crédibles ? Ils le sont pas dans l’absolu, c’est surtout qu’absolument tous les messages qu’on a à l’école, dans les médias, au travail etc nous signifient qu’on devrait même pas y penser. Mais je crois pas qu’on devrait pour autant accepter l’idée que ce soit moins crédible dans le fond.

        Par contre je pense aussi qu’il y a plein de choses à changer dans les pratiques de lutte, mais pour moi le souci c’est pas que ce soit plus ou moins frontal, ce serait plutôt par exemple la sur-intellectualisation des luttes (on parle beaucoup de vocabulaire, d’identités, on est dans le débat très théorique), l’éparpillement et la réaction permanente à l’actualité (dont tu as parlé d’ailleurs). En gros on passe par au stade d’après de s’organiser politiquement, avec une stratégie propre, en investissant des pratiques d’éducation populaire, en allant activement au devant des gens etc

      2. La Nébuleuse dit :

        Après je partage une partie de tes critiques hein, c’est sûr par exemple que c’est agaçant qu’on se perde dans de grands débats de niche hors-sol vu l’urgence des luttes…

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