Mustapha Kessous ne nous a pas rendu service

Le reportage documentaire « Algérie, mon amour » diffusé récemment sur France 5 a créé une vive polémique au sein de la communauté algérienne, de part et d’autre de la Méditerranée. Et pour cause, du hirak, on ne retient que la parole d’une bourgeoisie intellectuelle, sur la frustration sexuelle, la consommation d’alcool, et les autres tabous.

Cette jeunesse est parfaitement légitime à s’exprimer sur ces questions. Ce n’est pas à nous, indigènes blanchis, qui bénéficions des libertés occidentales, de décréter ce qui est le mieux pour nos pairs subissant (comme nous) l’héritage colonial, le confort matériel en moins. Mais ce qui interroge, c’est la réduction du hirak à cette question.

C’est un non-sens. Pas uniquement parce que la frange progressiste du pays n’est pas forcément représentative. Mais surtout parce qu’une certaine orthodoxie religieuse n’est pas un prétexte valable pour un traitement indigne, où une autre frange de la population, plus traditionnelle est rendue invisible éhontément.

Enfin, aspirer aux mêmes privilèges que la jeunesse occidentale n’est pas toujours incompatible avec la continuité des traditions de ses ancêtres. Vouloir abolir des oppressions patriarcales, ce n’est pas pour faire plaisir à une minorité de progressistes, c’est toute la société qui peut en bénéficier. C’est d’ailleurs ce qu’ont exprimé les témoins du reportage, lorsqu’ils ont constaté que leur propre parole a été instrumentalisée de manière raciste, et les exposant à la vindicte populaire des leurs.

Ce ne sont pas ces jeunes, qui ont fait l’erreur de faire confiance à un journaliste se présentant comme un frère de lutte, qui font honte à leur pays. Eux, ils sont comme nous tous, avec leurs rêves, leurs aspirations et leurs contradictions.

C’est ce reportage indigne qui nous humilie. Se rattacher à sa propre orthodoxie religieuse pour mieux résister à un impérialisme intrinsèque au progressisme est souvent nécessaire, certes. Mais cette foi ne doit jamais nous transformer en bourreaux inhumains, pour nous retourner contre ceux de nos rangs qui ne seraient pas assez « purs » pour lutter contre le colonialisme.

C’est notre solidarité, l’acceptation de nos différences, histoires, parcours, qui redonneront au hirak sa dignité et ses lettres de noblesses. Pas le fait de pointer du doigt les uns ou les autres qui seraient trop occidentalisés, ou bien trop arriérés pour résister.

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