L’heure du bilan sonnera à la fin du confinement

On n’attendait pas de miracles, on va pas se mentir. Mais là c’est trop. Trop de colère pour qu’on puisse la contenir ou la canaliser.

D’abord, la mise en danger de mort des personnels hospitaliers. Puis celle des salariés de la grande distribution. La saturation des hôpitaux, parce qu’on a cru bon d’optimiser des lits comme on optimiserait un stock de boites de conserve. L’épuisement du personnel, en passant aux 60 heures hebdomadaires. Le refus de stopper les activités non-nécessaires, la mise en danger de travailleurs déjà précaires comme les livreurs.

Puis les hôpitaux publics qui commencent à réclamer des dons sur Internet et aux caisses du Monoprix, comme cela avait été fait pour Notre-Dame. C’est beaucoup pour un pays qui ne cesse d’augmenter les impôts des classes moyennes et qui a pillé (et continue de le faire) les richesses de tous les autres continents.  Beaucoup trop. Que dire des évadés fiscaux qui jouent les bons samaritains en appelant aux dons (défiscalisés bien sûr sinon ce n’est pas drôle) à part que l’hôpital se fout bien de leur charité (sans mauvais jeu de mots) ?

Enfin, le tortillage de fesses, quand pour désengorger les hôpitaux publics, on en vient à utiliser les mêmes solutions médicamenteuses que dans ce qu’on appelle vulgairement le « Tiers-Monde ». Ah, il n’y avait pas d’hésitation quand il s’agissait d’administrer des médicaments pour les tester sans visibilité aux populations non-blanches ! Mais pour une molécule que des Occidentaux prennent pour aller en safari et qui est utilisée par des médecins d’autres pays, on fait les difficiles ?

Il faudra redescendre un jour de notre arrogance bien française. Qu’on arrête de réclamer des respirateurs, alors qu’on sait qu’il ne va pas nous les pondre tout cuits dans le bec. Qu’on accepte qu’en situation d’urgence exceptionnelle, on en vienne à s’inspirer de nos voisins du Sud. Respectons-les, admirons-les même !  Eux ont l’habitude depuis longtemps déjà de bricoler des solutions de secours, faute de colonialisme. Apprenons de leurs luttes, et apprenons à nous inspirer d’eux et de leur humilité.

Bref, allons plus loin que le simple fantasme de révolution après le confinement. Le bilan, ce ne sera pas seulement celui désastreux de nos dirigeants, ce sera aussi celui de notre prise de responsabilité, pour enfin récupérer le contrôle de nos vies ! C’est bien beau de dire que « nos vies valent mieux que leurs profits », mais ce sont des paroles vaines si nous n’agissons pas dans ce sens !

Comment faire ? Déjà en s’accordant à nous-mêmes ce que l’on réclame aux autres, au pouvoir, à ceux qui nous écrasent, qui nous dominent, nous méprisent, même. En arrêtant de nous consacrer corps et âmes dans des « actions » qui ne nous sont pas destinées, et qui restent en suspension dans l’air (comme les particules fines polluantes oui), sans point d’arrivée. Nos vies valent mieux tout court. Et nos vies passent avant toute chose.

D’ailleurs, nous avons bien remarqué que lorsqu’on passe plus de temps à vivre qu’à consommer et à enrichir les autres durant ce confinement, la planète se portait mieux. Nos proches aussi. Même si tout n’est pas parfait, loin de là. Mais on est forcés de constater que ce virus a fait mieux que n’importe quelle organisation syndicale au niveau de la perte d’argent des entreprises. Ce dont on n’osait plus rêver depuis des années malgré les grèves, les manifestations, et autres mouvements sociaux infructueux. Le COVID-19 et son confinement général nous a prouvé que nous faisions fausse route avec nos modes d’action.

Inutile d’utiliser l’exemple de mai 68 en étendard ; la situation de 68 n’est ni comparable à celle d’aujourd’hui, ni viable sur le long terme. L’augmentation des salaires obtenue n’est pas une victoire si elle n’est pas indexée en fonction de l’inflation, fin de l’histoire.

Si on veut agir, c’est maintenant. Si on veut vraiment que nos vies valent mieux que tout, c’est maintenant. Ce n’est pas demain quand on pourra re-manifester (ou pas, hein), ou hier quand les syndicats avaient plus de pouvoir. C’est maintenant, et c’est avec les moyens qu’on a à disposition aujourd’hui.

N’en déplaise aux puristes du ter-ter, les médias et pétitions en ligne, les visios, les podcasts, les réseaux sociaux, sont des espaces militants qui comptent autant que les autres et qui ne sont pas à dénigrer.

Alors, au lieu de ruminer sur le monde d’avant qui n’est plus, ou de fantasmer et projeter le monde d’après qui ne sera pas conforme à nos attentes, pourquoi ne pas plutôt prendre le pli de nous écouter et d’observer ce qui se vit en ce moment même autour de nous ? On aurait peut-être plus à gagner, non ?

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s