Du validisme sous prétexte de défense des libertés individuelles

On cite souvent Benjamin Franklin pour dire que « ceux qui sacrifient la liberté au profit d’un peu de sécurité ne méritent ni l’un ni l’autre et perdront les deux », mais on oublie que celles et ceux à la santé précaire ne peuvent prétendre à aucune forme de liberté sans un minimum de sécurité.

Balancer cette citation sans prendre en compte le fait que les priorités varient selon les individus, ce n’est qu’une preuve supplémentaire de mépris et de déconnexion de la part des personnes détenant des privilèges.

En temps de crise sanitaire, les personnes privilégiées sont celles valides. Elles oublient bien souvent que la majorité des handicaps sont invisibles, et que ça va bien au-delà de la réduction de mobilité. De nombreuses pathologies chroniques aux traitements parfois lourds sont handicapantes, et reconnues comme telles, y compris par les institutions.

Pendant une pandémie à base de virus sur lequel on a encore trop peu de connaissances et de recul, selon son niveau de co-morbidité, on est exposé soit à une vulnérabilité accrue face au virus, soit à une incertitude extrêmement angoissante.

Donc dans ce contexte, les revendications de libertés individuelles sont souvent indécentes. Parce qu’elles s’apparentent plus à un droit de pouvoir, de domination, sur les personnes malades qu’à de réelles libertés « universelles ».

Je suis personnellement concernée par le handicap dû à une maladie chronique, et ceci m’a valu de nombreux traitements vexants, voire discriminatoires, parfois même venant de la part d’êtres chers et aimés. Je n’en voudrai jamais à ces derniers, parce que je sais qu’ils ont toujours fait du mieux qu’ils peuvent.

Mais je ne pourrai jamais accepter que des personnes piétinent notre droit élémentaire à la santé au nom de leurs « libertés individuelles », parce qu’elles sont incapables de faire quelques aménagements à leurs propres privilèges, même temporairement lors d’une crise. Dire que 100 000 morts sur 66 millions ce n’est pas grand chose, c’est profondément choquant. 100 000 personnes, c’est la population moyenne d’une sous-préfecture française. 100 000 personnes, c’est le nombre de personnes qui souffrent de la même pathologie que moi. Et des pathologies chroniques, il y en a des milliers dans le monde. Les personnes « à risque » ne sont pas si minoritaires, et si peu nombreuses. Quand bien même elles le seraient, chaque vie compte.

Vous voulez la liberté ? Œuvrez pour l’égalité, ou fermez-la et gardez votre mépris bien au chaud, surtout dans ce genre de moments.

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