Pourquoi le succès de nos manifs est aussi le symbole de notre échec politique

« Je t’aime, moi non plus. » « Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis ». J’ai l’impression qu’on est comme les personnes éconduites qui se font ghoster et qui finissent désespérées. Plus je vois des rues pleines de manifestants, plus je me dis qu’on est en train de tout rater. Parce qu’on n’a plus que le pavé pour hurler. Et parce que notre situation sociale ne fait qu’empirer.

Trop de monde dans les rues, ça veut surtout dire pas assez ailleurs. Pas assez dans les instances de pouvoir. Pas assez dans les lieux où des choses intéressantes se font, se créent. Parce que ça demande du temps et de l’énergie. Parce qu’il faut se salir les mains. Faire le boulot difficile et un peu chiant. Loin de la lumière et des caméras. C’est du boulot qu’on ne voit pas, mais qui a pourtant un impact et surtout prend du temps.

Mais on veut tout, tout de suite. Alors on ne réfléchit pas et on fonce. Et au final, on se retrouve bloqué au stade où on ne fait que quémander notre dû à un pouvoir sourd et ignorant. Au lieu de reprendre notre dignité, sans attendre qu’on daigne nous l’accorder.

Puis on se gargarise parce que des grévistes se sont sacrifiés pour que 8% de la population francilienne occupe les rues de Paris. On prend la pose satisfait de cette « réussite ». Les fétichistes de l’insurrection qui ne manquent jamais une occasion de se faire plaisir devant les clichés à base de fumigènes se lancent dans des envolées lyriques et des analyses fumeuses. Les entrepreneurs de la politique et autres apparatchiks en profiteront pour alimenter de vues leur compte YouTube. Tandis que du côté des street medics, on compte les blessés, voire les mutilés. Pendant ce temps-là, rien ne bouge. Pire, on s’enfonce. Mais on recommence. Parce que c’est « historique ». Tant pis si l’Histoire se répète un peu trop souvent parce qu’on n’en a pas tiré de leçons.  A ce qu’il paraît, la folie c’est quand on n’arrête pas de répéter une action en attendant un résultat différent. Ou peut-être que c’est l’enfer, je ne sais plus très bien.

Avez-vous remarqué que relancer un recruteur qui ne veut pas de vous est improductif ? Alors que quand il voit que vous vous débrouillez très bien sans lui, il finit par vous courir après. Mais pour en arriver là, il faut être capable de l’oublier et de passer à autre chose et avancer pour changer de paradigme. La question maintenant, c’est juste quand est-ce qu’on sera capable de construire notre propre agenda politique pour ne plus être dépendants de l’échéancier gouvernemental ?

 

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s