Lettre ouverte spéciale plan fonction publique en Seine-Saint-Denis

Pour une fois, un gouvernement admet officiellement la responsabilité totale de l’État concernant la situation des services publics dans le 93. Or, si c’est un bon début, ce n’est pas suffisant. Encore faut-il ne pas être sourd vis-à-vis des agents et des usagers de la fonction publique, les seuls habilités à formuler des pistes de solution car face aux difficultés quotidiennes. 

Nos chers technocrates des ministères ont peut-être les meilleures intentions du monde, mais leur réponse est loin d’être adaptée à nos besoins, malgré leur prise de conscience de l’existence du malaise. Ils entendent, mais n’écoutent pas.

Parce que non, la Seine-Saint-Denis n’est pas un « territoire perdu de la République » ou une « zone de non-droit » qu’il faudrait reconquérir à coups de police sur-armée. Non, les agents du 93 n’y travaillent pas pour gagner des primes supplémentaires. D’ailleurs personne ne choisit de travailler dans l’éducation ou les hôpitaux pour s’enrichir, mais par conviction et engagement. Et non, les habitants du 93 ne sont pas vos bébés phoques à sauver.

Nous ne réclamons ni traitement de faveur ni protection paternaliste. Nous ne voulons pas attirer des agents carriéristes qui viendraient que par appât du gain et non par considération pour le fond de leur mission. Nous n’avons pas besoin d’une présence policière superflue qui risque d’être stigmatisante  sans pour autant régler l’origine du problème de trafic de stupéfiants et d’êtres humains.

Nous avons besoin d’une police qui répond et intervient immédiatement lorsque des femmes sont victimes de violences conjugales. Nous avons besoin que nos plaintes soient systématiquement entendues et traitées par la police et la justice. Nous avons besoin de transports fiables pour travailler et pour nos loisirs, et d’aménagements en cas de défaillance du service. Nous avons besoin d’avoir les mêmes chances d’accès à l’emploi que n’importe qui, puisque nous sommes volontaires. Nous avons besoin de conditions de travail dignes pour assurer un service public de qualité. Nous avons besoin de retrouver le sens initial de nos missions de service public. Nous avons besoin de garantir une continuité de service et une éducation de qualité à nos enfants et nos élèves.

Parce qu’être contraints de maltraiter des malades ou des personnes âgées faute d’effectifs, ce n’est pas ce pourquoi nous avons signé. Parce qu’aujourd’hui nous passons plus de temps à courir après les administrations pour faire valoir nos droits les plus élémentaires qu’à nous concentrer sur notre travail. Parce que les réformes qui nous tombent dessus nous obligent à nous astreindre trop longtemps à des tâches absurdes, tout en nous éloignant de notre mission principale. Parce que notre charge mentale augmente, mais nos performances diminuent. Parce qu’on confie les tâches les plus complexes aux nouveaux, aux précaires, aux vulnérables, mais on met de côté ceux qui détiennent plus de savoir-faire Enfin parce que 600€/mois pour une AESH c’est indécent comme rémunération, 1500€/mois pour un prof ou une infirmière débutante c’est trop précaire pour pouvoir être confortable et focus sur sa mission.

Ce n’est donc pas sur la base d’éléments de langage populistes que l’État pourra prendre durablement ses responsabilités à propos de la Seine-Saint-Denis, mais bien sur la base de l’expertise des agents qui assurent la cohésion sociale quotidiennement et du retour des usagers que l’on pourra réfléchir à des solutions pérennes.

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