Réflexions à propos de l’économie du marché militant

Il y a des moments de crise politique (notamment les périodes d’après-attentat et celles de harcèlement médiatique islamophobe intense) où nous avons besoin de compétences militantes spécifiques, comme celles requises pour des cellules de soutien, du travail d’expertise et de recherche, ou encore de la critique des médias. Malheureusement, pour l’instant, la majorité des actions face à ces situations se limitent à des réactions épidermiques plus ou moins isolées, peu construites, voire pas coordonnées. Outre l’aspect chronophage et énergivore des ces actions, il est important d’étudier les raisons de la rareté des compétences requises, puisqu’il y en a plusieurs. 

  • Ces compétences sont rares parce que difficiles à acquérir

Rédiger une thèse, des articles d’analyse, organiser des événements de self-care…toutes ces activités demandent de longues études, ou de la patience, un long apprentissage, de l’organisation, et ce sont (comme presque tout ce qui est bénéfique dans ce monde) des choses qui se construisent sur le long terme. Il faut donc la volonté, mais surtout l’énergie et les moyens pour le faire.

  • Ces compétences ne sont pas transmises

Cependant, il reste possible de vulgariser ces compétences, qui n’ont pas besoin d’être inatteignables, étant donné leur niveau de nécessité. Là encore, il s’agit d’un travail de longue haleine, qui ne se construit pas du jour au lendemain.

  • Il y a une forme d’élitisme assez gênante dans le milieu militant

Et si ces compétences ne sont pas transmises, c’est bien parce qu’elles sont jalousement conservées par une élite qui les utilise comme « avantages concurrentiels » sur le marché du militantisme. Organiser la rétention de ces si chères compétences, c’est également un excellent moyen d’exercer une forme de domination, de contrôle sur les autres.

  • Il y a des personnes qui capitalisent sur une « économie de marché » militante

En considérant leur expertise et leur savoir-faire comme des moyens de se propulser médiatiquement, politiquement ou financièrement, les militants qui détiennent ce genre de compétences peuvent se retrouver à empêcher autrui d’accéder à ces compétences, mais aussi à discréditer d’autres militants qui souhaiteraient en faire un autre usage. Ils organisent ainsi la dépendance à leur propre compétence au lieu de la rendre banale en la partageant au plus grand nombre ; tout ceci dans une logique de monopole, de croissance de parts de marché, avec l’angoisse de tout perdre du jour au lendemain, dès qu’un autre militant émerge dans son secteur de compétences.

  • ….En oubliant que ce marché n’est pas fait pour fonctionner comme les autres

Seulement cette logique et ce raisonnement comportent de nombreuses limites. Déjà, parce qu’organiser la dépendance des autres à soi, c’est d’abord ne s’accorder aucun moment de répit…jusqu’à l’épuisement total. Puis, il y a également le risque de perdre la confiance d’autres militants, à force de compétition mal placée. Et surtout, c’est absurde. Parce que le seul moyen de se renforcer entre militants, c’est de se soutenir. En effet, si le marché politique et associatif peut présenter des similitudes en termes de fonctionnement avec l’économie de marché libérale telle qu’on la connaît, il ne se développe que lorsque les initiatives militantes se nourrissent mutuellement, et non par des processus de cannibalisation de parts de marché que l’on peut retrouver dans d’autres secteurs.

C’est ainsi que l’on se retrouve dans des situations où les compétences dont nous avons le plus besoin se retrouvent absentes aux moments les plus opportuns ; il est de notre responsabilité de sortir de ces logiques absurdes de compétition, et d’enrichir nos réseaux en transmettant et en partageant notre patrimoine intellectuel. 

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