Que faire (et ne pas faire) en cas d’actualité pourrie : petit guide de survie en 5 points

Polémique futile. Débat stérile. Pleurniche. Embrouille. Shitstorm. Rassemblement. Manif. Gazage et tabassage en règle par la police. Situation qui s’empire. Alors on repart pour un cycle infernal polémique-débat-pleurniche-embrouille-shitstorm-rassemblement-manif-gazage-tabassage qui n’en finit plus. Je suis forcée de constater que ce mécanisme est rouillé et nous tire collectivement vers le fond du trou. Sans vouloir porter de jugement sur nous-mêmes, il est grand temps de faire le tri sur ce qui fonctionne et sur ce qui est définitivement à jeter en termes de pratiques militantes. 

  • Exprimer sa colère et son indignation pour ne pas en être prisonniers

Si on en ressent vraiment le besoin, il ne faut pas se priver d’expression, histoire de lâcher ce qu’il faut, et de passer à autre chose ensuite. C’est la première étape vers l’émancipation. Sinon, il y a le risque d’être frustré.e ou bloqué.e dessus. Il est naturel que l’actualité anxiogène procure des émotions négatives, mais il faut voir ces émotions comme des moteurs pour nous mettre en mouvement qu’il est inutile (voire contre-productif) de vouloir fuir à tout prix.

  • Oublier les rassemblements et manifestations chronophages et organiser des actions plus marquantes

Le ratio bénéfices/énergie dépensée tend vers 0 lorsque vous vous déplacez pour une manifestation. En effet, vous risquez de galérer dans les transports si des stations sont fermées/vous manger du gaz lacrymogène, des coups de matraque, des balles de LBD/croiser des gens que vous n’aimez pas parce que vous vous êtes embrouillés sur les réseaux sociaux avec/croiser votre crush virtuel qui ressemble à une tomate pourrie IRL, tout ça pour….rien. Parce que les puissants rigolent bien de nos rassemblements de pouilleux, ils n’ont pas peur EUX, ils ont une police sur-armée à leur service qui nous écrase pendant qu’on s’acharne vainement. Préférez les actions de communication réfléchies (type happening), qui prennent plus de temps à être construites, mais qui peuvent susciter un réel intérêt.

  • Aller au-delà des témoignages larmoyants et donner de la force

Témoigner est épuisant voire violent pour les victimes d’oppression, cela peut même les exposer à encore plus de violences, et ce n’est vraiment pas ce qu’on cherche. Récupérer, exploiter et instrumentaliser ce type de témoignage est obscène, voire immoral. Mieux vaut laisser les victimes avoir le contrôle total sur leur parole, et les accompagner dans les choix qu’elles feront en termes de communication. En attendant, il est toujours possible de leur donner de la force, en les écoutant, en les encourageant avec des mots chaleureux et sincères, ou même en organisant des cagnottes qui peuvent apporter un soutien et un réconfort financier souvent nécessaire.

  • Garder le cap et l’énergie pour les projets de long terme

Notre plus grand malheur c’est d’interrompre nos projets de long terme et nos productions (écriture, ouvrage, thèse, reportages, événements associatifs, créations d’entreprise etc…) pour gaspiller toute notre énergie dans la réaction à l’actualité. Alors que nos projets sont souvent très beaux et vecteurs de lien social ; tout stopper pour un tweet, une shitstorm, une manif, c’est vraiment du gâchis, et c’est bien dommage.

  • Oublier les brèves déprimantes et partager du contenu à valeur ajoutée à la place

Pour y parvenir, il suffit de s’imposer une règle très simple (c’est aussi celle que je m’impose pour rédiger mes billets) : si quelqu’un l’a déjà dit/fait comme il fallait, c’est pas la peine de faire des doublons. Donc le partage numéro n de la dernière petite phrase raciste de Zemmour est largement superflu. Pensez à vos contacts qui voient à la suite le même propos nauséabond partagé des milliers de fois dans leur fil d’actu, et demandez-vous s’il est bien nécessaire de les « trigger »  avec les mêmes propos racistes que l’on connait déjà. A la place, inondez vos murs de contenus qui ont de la valeur ajoutée (pubs pour les événements des copains, articles d’analyse construits, vidéos d’explication etc…). Et si vous manquez d’inspiration, vous pouvez toujours partager des mèmes de chat, des recettes de cuisine sympas (qui ne foutent pas la gerbe quoi), des cœurs ou des chamallows (c’est bon les chamallows et presque tout le monde aime ça), c’est toujours mieux.

Pour finir, ce billet ne vise pas à culpabiliser les militant.e.s qui ont de mauvais usages (nous sommes toutes et tous concerné.e.s), mais bien de s’inspirer des méthodes des puissants pour nous faire grandir collectivement. En effet, j’ai constaté durant ces dernières années, que pendant que les puissants continuaient à s’enrichir sur notre dos, eux progressaient dans leur agenda sans se soucier de nos protestations, et nous continuions à nous enfoncer péniblement dans notre mouise car nous perdions notre énergie à réagir face à leur domination, au lieu de nous renforcer et de continuer notre travail. Il est donc à mon sens impératif et urgent de focaliser sur la construction de liens sociaux solides entre nous afin d’obtenir un rapport de forces favorable. 

 

 

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